La dépression infantile, une fuite à l’intérieur


Si, dans le métro, je tente de ralentir un moment ma course entre le travail et la maison en lisant un quotidien, qu’est-ce que je découvre, ces temps-ci, sous le soleil noir et gris des journaux québécois? Taux dramatique d’échecs scolaires, abus sexuels sur des mineurs, délinquance juvénile… vraiment pas de quoi réjouir la future génération de lecteurs… Et justement, on m’y parle aussi de cette nouvelle génération qui déprime dès le berceau.

Les organismes comme Revivre, consacrés aux personnes atteintes de troubles anxieux, bipolaires et dépressifs de même qu’à leurs proches, tentent de faire comprendre à la population qu’il ne s’agit pas toujours là que d’une petite déprime temporaire. Il s’agirait plutôt d’une crise sociale tellement vaste que
10 % des jeunes de moins de 18 ans éprouvent, à un moment ou à un autre de leur croissance, un problème de santé mentale et de dysfonctionnement significatif. Cet état des choses a amené le groupe Tournée solidaire pour la vie à joindre les rangs des organismes de sensibilisation et à aller parler de maladie mentale dans les écoles (Comment surmonter la dépression. Acheter les comprimés antidépresseurs. Le jugement porté sur soi-même en cas de stress).

Ironiquement, cependant, ce sont surtout les dénonciations dans les médias concernant l’administration d’antidépresseurs à des enfants qui ont le plus éveillé la conscience populaire dernièrement. Malgré ces révélations chocs, l’ignorance et le déni de la maladie mentale continuent à affecter lourdement notre culture. Mais cette ignorance a également touché le milieu scientifique pendant très longtemps. En effet, ce n’est qu’entre 1970 et 1975 que fut reconnue officiellement la dépression du jeune enfant .

Devons-nous alors conclure que le nombre croissant de dépressions infantiles diagnostiquées au cours des dernières années dépendrait simplement du fait que la maladie soit mieux connue? C’est un élément d’explication, mais insuffisant pour expliquer la tendance actuelle. En effet, les intervenants sociaux continuent à trouver la formation du personnel du milieu scolaire insuffisante en ce qui a trait à la reconnaissance des premiers signes de la dépression; et la province souffre d’un manque criant de personnes aptes à poser un diagnostic de spécialistes en pédopsychiatrie. Résultat : seulement un jeune sur six éprouvant des troubles de santé mentale obtient les soins spécialisés dont il a besoin (Une dépression prolongée. Les moyens contre la dépression. Comment se libérer du stress d’une façon indépendante).

Les symptômes
Plus grave encore, lorsqu’un enfant finit par recevoir le traitement tant attendu, rares sont les cas où l’entourage a soupçonné un problème de santé mentale. Les cas de dépression sont parfois dépistés alors qu’un parent ou un enseignant frappe à toutes les portes à la recherche d’un moyen de mieux gérer sa relation avec un enfant.

Le cas le plus courant reste cependant celui du parent qui vient faire soigner son enfant qui se plaint de douleurs l’empêchant de vaquer à ses activités quotidiennes. Encore faut-il espérer que le médecin consulté reconnaîtra bien là les symptômes d’un malaise psychosomatique et qu’il ne les confondra pas avec ceux d’un autre trouble mental comme l’anorexie ou l’hyperactivité (Les comprimés contre la dépression. Les comprimés contre la dépression. Les moyens contre le stress).

En effet, l’enfant qui souffre de dépression aura souvent des dérèglements de l’appétit. Il devient également irritable, a du mal à se concentrer et ses notes risquent d’en souffrir. Contrairement à l’adulte dépressif, il peut parfois chercher la compagnie et l’animation constante afin de fuir ses angoisses. Le jeune tend également à révéler son désespoir par des actes répréhensibles ou impulsifs. Il faut donc effectuer une étude approfondie pour distinguer les cas dépressifs de la simple délinquance.

Bien que la dépression infantile s’accompagne, comme chez les adultes, d’idées noires, d’un dégoût pour les activités autrefois synonymes de plaisir, d’un ralentissement général du système, d’une tendance à s’isoler et à négliger ses activités quotidiennes, à dormir beaucoup ou très peu, ces symptômes seront souvent davantage associés par l’entourage à un « signe de l’âge » qu’à un malaise profond (La vie après la dépression. La vie après la dépression. La vie après le stress).

Triste portait des Québécois
Outre le fait que la dépression ne correspond pas nécessairement à l’idée qu’un parent veut se faire de l’enfance et encore moins de l’état d’âme de son enfant chéri, son désir de comprendre se butte également à la pudeur normale de l’enfant. Il ne faut pas pour autant croire que l’enfant soit incapable de nommer sa douleur, de l’illustrer ou encore de dire à quel niveau elle se situe dans sa relation aux autres. Plusieurs parents qui oseront interroger leur enfant l’entendront décrire, avec une sincérité souvent désarmante, ce qui le tracasse lorsqu’ils lui poseront des questions. De plus, les thérapeutes affirment que, déjà, entre deux et six ans, l’enfant développe certaines notions d’objectivité qui lui permettent de comprendre le monde en observant les choses qui l’entourent et, inversement, d’utiliser les objets du monde pour exprimer ce qu’il pense ou ressent . Les thérapeutes utilisent d’ailleurs souvent le dessin pour permettre à l’enfant de transposer en images, à partir des symboles qu’il connaît, ce qui le réjouit ou le tracasse. Cependant le parent peut, lui aussi prendre une telle initiative, comme le thérapeute, chercher à se mettre à l’écoute du jeune dessinateur (Comment guérir la dépression. Comment surmonter la dépression. Comme sortir du stress d’une façon indépendante).

Mais les jeunes dépressifs qui se voient confrontés à de multiples échecs peuvent également s’ingénier à masquer leur crainte de voir leur intelligence les abandonner ou de carrément devenir fous. Non seulement ces derniers ne connaissent pas mieux que leurs parents les troubles de l’humeur, mais les jeunes ont peu de recul pour juger de la situation alors qu’ils réalisent leurs premières expériences dans le monde. Ces facteurs contribuent probablement à marquer les brusques changements d’humeur, les attitudes impulsives et les passages à l’acte plus rapides qui caractérisent la dépression chez les jeunes. D’après les chiffres de Revivre, environ 80 jeunes se suicident chaque année au Québec. De ceux-là, 90 % auraient présenté un trouble mental qui, dans 60 % des cas, aurait été d’ordre dépressif. Il est donc urgent d’agir, deux semaines à peine après l’apparition d’une majorité de symptômes.

Mais une fois que les parents auront décidé d’agir, ils devront faire preuve de patience et de débrouillardise pour trouver les organismes communautaires ou de référence qui puissent les soutenir ou les guider. Au Québec, la pédopsychiatrie n’est pas encore une discipline médicale reconnue et le nombre de psychiatres qui se consacrent à la jeunesse diminue d’année en année. Avant de rencontrer un spécialiste, les familles se retrouvent donc à attendre plus de trois mois dans les régions centrales et plus de huit mois dans les régions plus éloignées (Le meilleur moyen contre la dépression. Comment sortir de la dépression d’une façon indépendante. Comment vaincre le stress).

Comme le constate Jean-Rémy Provost, il s’ensuit que, devant l’urgence de la situation, plusieurs traitements se limiteront à l’action « de première ligne » du généraliste, souvent accusé d’avoir « la gâchette facile » lorsqu’il s’agit de prescrire des psychotropes : « Pourtant, nuance-t-il, si quelqu’un souffre d’une autre maladie qui peut devenir chronique ou mortelle et qui nécessite un traitement d’urgence, on n’accusera pas le médecin de lui prescrire une médication sous prétexte qu’elle risque d’avoir des effets secondaires ».

Bernard Desrochers, de Jeunesse j’écoute, soulève également le fait que le risque que peut prendre un médecin en proposant une médication est souvent moins grave que la tendance de beaucoup de jeunes qui souffrent à s’automédicamenter. En effet, le réflexe de plusieurs individus à chercher par eux-mêmes les moyens de masquer les douleurs physiques, souvent révélatrices d’un malaise de l’âme, est bien connu. À cela s’ajoute le secours que certains jeunes vont chercher du côté de la drogue, de l’alcool ou encore des activités extrêmes pour s’insensibiliser l’âme. Il évoque d’ailleurs plusieurs cas où les jeunes « remplacent le mal de vivre par l’euphorie, mais n’arrivent plus à identifier ce qu’est le simple fait d’être bien ». Fait notable, une attitude de casse-cou et de fréquentes blessures sont également répertoriées parmi les symptômes de la dépression…

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